La nuit vient à peine de tomber. Un fond d'air froid et humide s'est installé depuis un moment déjà. Je suis assise sur le rebord de la fenêtre de notre hôtel. Mes pieds, mes jambes, tout mon corps se repose de cette longue balade que nous avons aujourd'hui faite au coeur du grand Bruxelles. Une voiture passe, puis une autre. C'est le silence. De l'autre côté de la rue se dressent des appartements étroits et élancés que je ne cesse d'observer et de comparer. Ils sont si distincts, si beaux, si grands. Mes yeux fixent l'horizon, mon esprit part et s'évade.
Il est si beau, si grand. Je revois devant moi l'immense tableau peint par Gustaf Wrappes, Épisode des Journées de septembre 1830 sur la Place de l'Hôtel de Ville de Bruxelles. Puissante et saisissante, c'est la première oeuvre qui m'accueille lorsque je pénétre aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique. Des corps torturés, contorsionnés qui s'élèvent telle une pyramide humaine brandissant à sa cime le symbole de la force, de la sagesse et du courage, l'image de la justice et de la liberté. Plus loin, d'autres scènes, d'autres personnages m'attendent. Martyrs, portraits, natures mortes, tout y est. Des scènes carnavalesques de Bruegel à L'Adoration des mages de Rubens, en passant par des tableaux des grands récits de la mythologie peints par des peintres flamands, je vais d'émerveillement en émerveillement. Certains me sont même familiers. Je reste toute fébrile en apercevant au fond d'une pièce le Marat assassiné de David. Les toiles réalistes et impressionnistes me rappellent ce que j'ai vu dans mes cours. Heureuse, je m'étonne. Je connais, ça ! Quelque chose de lointain me revient et prend ici vie devant moi. Je m'abandonne à cet instant, je le savoure... Mmmm !
Mmmm ! C'est aussi le petit cri joie que je pousse lorsque je reçois entre mes mains une gaufre encore bien chaude. Depuis un moment déjà, nous nous baladons dans les jolies rues de Bruxelles. Langues étrangères s'entremêlant, rues pavées et inégales, marchands souriants, joueurs d'accordéon, odeur de chocolat, voilà que se dessinent déjà en moi la trace d'heureux souvenirs. Après avoir flâné dans quelques librairies, après avoir posé sur la Grande Place de Bruxelles, après avoir cherché, puis trouvé le fameux -mais tout petit- Manekinpiss, nous découvrons le parc adjacent au Palais royal. C'est un refuge calme et verdoyant dans un univers gris et tourbillonnant.
Un bruit de sirène me fait tout à coup sursauter. Du haut de ma fenêtre je vois passer des gyrophares bleus; c'est la police. Comme sortie d'un long rêve, je reviens. J'entends pianoter sur leur clavier d'ordinateur Jocelyn et Audrey. Un peu plus loin, Marie-Claude est à tourner les pages d'un petit guide, nous irons à Bruges demain. Je pousse un grand soupir. Le sommeil s'approche de moi peu à peu. Je songe à bientôt me plonger sous les couvertures. Mais avant, juste avant, je vais une dernière fois tourner mon regard du côté de la rue afin de me laisser bercer encore un peu cet air européen...
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